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Ukraine : Les civils, cibles privilégiées des attaques russes

La priorité devrait être donnée à la responsabilité pour les crimes de guerre et au renforcement de l'état de droit

Une petite fille sur une balançoire regarde un immeuble résidentiel dans le quartier Industrialnyi de Kharkiv, en Ukraine, endommagé par une attaque de drone russe qui a tué 7 personnes (dont des enfants) et blessé 23 autres, le 18 août 2025. © 2025 Global Images Ukraine via Getty Images

(Kiev, 4 février 2026) – Les civils en Ukraine ont subi de graves violations liées au conflit au cours de l'année écoulée. Un nombre plus élevé d’attaques russes ciblées et indiscriminées a entraîné une augmentation du nombre de morts, de blessés et de destructions parmi les civils, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2026.

Des millions d'Ukrainiens demeurent déplacés à l'intérieur et à l'extérieur du pays, et nombre d’entre eux peinent à accéder aux services essentiels ou à subvenir à leurs besoins. Les forces russes continuent de pratiquer la torture et les mauvais traitements de manière systématique contre les prisonniers de guerre et les civils ukrainiens, des exactions qui constituent des crimes de guerre et des crimes potentiels contre l'humanité. Dans les zones occupées, les autorités russes ont intensifié leurs efforts pour consolider leur contrôle et imposer les lois russes, en violation du droit international.

« 2025 a été l'année la plus meurtrière pour les civils en Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle de la Russie, tandis que les négociations pour la paix initiées par les États-Unis n'ont abouti à aucune avancée décisive », a déclaré Yulia Gorbunova, chercheuse senior sur l'Ukraine auprès de la division Europe et Asie Centrale à Human Rights Watch. « Toute voie diplomatique visant à mettre fin à la guerre en Ukraine doit être axée sur la justice et la protection des civils, et aucune amnistie ne devrait être accordée pour les crimes graves commis pendant cette guerre. »

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

  • Depuis l’invasion à grande échelle par la Russie en février 2022, la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine a recensé au moins 14 534 morts parmi les civils et plus de 38 000 blessés. Le nombre de victimes civiles a augmenté de 27 % au cours des dix premiers mois de 2025 par rapport à la même période en 2024. La plupart des décès ont eu lieu dans les régions de Kherson et de Donetsk, où des opérateurs de drones russes ont délibérément ciblé des civils à l’aide de drones à courte portée, commettant ainsi des crimes de guerre. Les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. La Russie, qui n’est pas signataire de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, a largement utilisé des mines antipersonnel en Ukraine. L’Ukraine a également utilisé des mines antipersonnel, notamment celles reçues des États-Unis en 2024.
  • La Russie détient des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens et de civils détenus illégalement dans des conditions inhumaines, et les soumet systématiquement à des actes de torture ainsi qu’à des mauvais traitements.
  • Dans les zones occupées, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à acquérir la citoyenneté russe en restreignant leur droit d'accès aux soins de santé, à l'éducation et à d'autres services. Les autorités d'occupation enrôlent illégalement des Ukrainiens dans l'armée russe, imposent les programmes scolaires russes, restreignent l'enseignement à distance ukrainien et soumettent les enfants à un endoctrinement. Elles ont également saisi illégalement des milliers de propriétés privées.
  • Environ 3,7 millions d'Ukrainiens restent déplacés à l'intérieur du pays. 5,7 millions d'autres vivent à l'étranger en tant que réfugiés, principalement en Europe. Bien que l'UE ait prolongé la protection temporaire jusqu'en mars 2027, le soutien diminuera progressivement. Aux États-Unis, la suspension du programme « Uniting for Ukraine » a exposé un grand nombre d’Ukrainiens au risque de perdre leur statut légal.
  • En janvier, l’Ukraine est devenue le 125ème État partie à la Cour pénale internationale, avec toutefois une clause limitant temporairement pour une période de sept ans la compétence de la CPI sur les crimes de guerre qui auraient été commis par des ressortissants ukrainiens. À novembre, le Registre des dommages du Conseil de l’Europe pour l’Ukraine avait reçu plus de 70 000 demandes d’indemnisation réparties en 14 catégories, néanmoins la source de financement de ces indemnisations reste indéterminée.
  • Des scandales de corruption de haut niveau, des menaces contre des activistes anticorruption et des journalistes, ainsi que des conflits entre différentes agences des forces de l'ordre ont exacerbé l'instabilité intérieure. La tentative du gouvernement d'affaiblir l'indépendance de deux organismes anticorruption clés a suscité une vive indignation nationale et internationale, contraignant les autorités à abroger la législation problématique.

« Les institutions démocratiques et l’état de droit en Ukraine doivent être préservés en temps de guerre comme en temps de paix », a conclu Yulia Gorbunova. « La protection du respect des procédures légales, du journalisme indépendant et de mécanismes anticorruption robustes est essentielle à la résilience du pays et à son intégration à l’UE. »

Human Rights Watch a déclaré que toute négociation de paix entre l’Ukraine et la Russie devrait donner la priorité à la justice et à la responsabilité.

En novembre, la Commission européenne a estimé que les réformes réalisées en Ukraine étaient les meilleurs progrès depuis trois ans et a recommandé de nouvelles mesures, même si les progrès sur l'adhésion à l'UE restaient au point mort en raison du blocage des négociations par la Hongrie.

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