Le récent décès de Sha Bahadur Gurung, l'un des prisonniers politiques détenus depuis le plus longtemps au Bhoutan, rappelle de manière tragique l'injustice et les souffrances insensées endurées par des individus perçus comme des détracteurs du gouvernement, dans les sinistres prisons du royaume.
Sha Bahadur Gurung, âgé de 65 ans au moment de sa mort, avait été arrêté en 1990 alors qu'il était un soldat de l'armée royale du Bhoutan ; il avait alors été accusé d'avoir participé à des manifestations réclamant des droits pour sa communauté minoritaire, adepte de la langue népalaise. Il aurait été torturé, privé d'une assistance juridique appropriée et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Il a passé les 35 dernières années de sa vie dans la prison militaire de Rabuna, tristement célèbre en raison des dures conditions qui y règnent.
Sha Bahadur Gurung est décédé le 15 décembre 2025, alors qu'il suivait un traitement pour une affection oculaire. Le gouvernement bhoutanais devrait fournir des informations complètes sur les circonstances de sa mort, sur le traitement qu’il a subi en prison et sur les motifs invoqués pour justifier son incarcération prolongée. Cela a toutefois peu de chances de se produire. Le royaume se présente comme le pays avant inventé le principe de « Bonheur national brut », mais le gouvernement du Bhoutan garde des secrets, et refuse même de discuter de ses prisonniers politiques.
Or, on recense actuellement 30 prisonniers politiques au Bhoutan. Sept d'entre eux, comme Sha Bahadur Gurung, étaient des soldats issus de la communauté népalophone du pays, et ont été arrêtés vers 1990 pour avoir prétendument soutenu des manifestations. Depuis lors, ils sont incarcérés à la prison de Rabuna. En outre, 21 autres prisonniers sont détenus à la prison de Chemgang, près de la capitale, Thimphu, dans une aile spéciale réservée aux individus « antinationaux ». La plupart de ces prisonniers purgent des peines à perpétuité ; certains sont détenus depuis des décennies.
Ces prisonniers sont détenus dans des conditions déplorables, avec des rations alimentaires insuffisantes, et des couvertures ou vêtements inadéquats pour les hivers rigoureux du Bhoutan. Human Rights Watch a appris que tous les prisonniers sont en mauvaise santé et que plusieurs d'entre eux sont gravement malades. Des médicaments basiques, tels que le paracétamol, ne sont fournis qu'à ceux qui peuvent les payer.
En vertu de la loi bhoutanaise, seul le roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck peut commuer les peines à perpétuité et libérer ces hommes. Son cabinet a toutefois déclaré aux familles des prisonniers politiques qu'il était inutile de solliciter sa grâce. Le roi devrait reconsidérer sa position, faire preuve de compassion et mettre fin à ces souffrances injustes.
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Vidéo de 2024, à l'occasion de la visite en Australie du roi du Bhoutan